LE BAL DES 100 000 BATTEMENTS DE CŒUR - pour le droit au plaisir

11 mai 2010

par Johanne Chagnon

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100 000, c’est le nombre de battements que notre cœur fait à chaque jour

100 000 signatures pour une Mission collective

100 000 raisons d’afficher sa fierté

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photos de Luc Bourgeois

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Le 14 mai 2009, environ 1 200 personnes, en provenance de toutes les régions du Québec, se sont présentées sur la Colline parlementaire à Québec pour déposer à l’Assemblée nationale les près de 100 000 signatures recueillies pour la pétition de la campagne Mission collective : bâtir un Québec sans pauvreté. Pour cette occasion, j’ai réalisé une intervention artistique qui s’est déroulée après le dépôt des pétitions, sur le terrain du Parc de l’Esplanade où se tenaient en même temps diverses animations et spectacles incluant la performance collective de Nicole Fournier Couvert sur place.

L’idée de base du Bal des 100 000 battements de cœur cœur - pour le droit au plaisir était de créer un espace spécial, magique, pour y tenir un bal, avec décor approprié et valses québécoises. Avec l’intention de créer un espace de célébration, mais aussi de résistance, sur ce terrain qui fait face au Parlement du Québec et à ce moment spécifique qui a fait suite à un long travail de mobilisation : les pétitions étaient déposées, ce fut un effort gigantesque qui méritait d’être souligné. Bien que la mobilisation allait continuer, il importait de marquer le moment, pour se renflouer, pour se donner de l’impulsion pour la suite des choses. Pour y vivre un moment de réjouissances, dans un lieu symbolique, à l’abri de la peur et du besoin.

La pétition déposée précédemment lors de cette journée réclamait diverses mesures spécifiques afin d’assurer la couverture des besoins essentiels pour les personnes en situation de pauvreté. Mais un autre besoin, selon moi aussi essentiel à revendiquer, est celui du plaisir - malgré les préjugés, la vie dure, les embûches, etc. Ce geste comporte lui aussi sa part radicale de revendication. Danser ainsi en face du Parlement, c’était faire une sorte de pied de nez, c’était montrer qu’il y a un puissant courant citoyen en mouvement, qui n’est plus arrêtable, et qu’il est inéluctable que le gouvernement aille un jour avec le mouvement. Comme il est écrit sur la plaque de la fontaine de Tourny (sur le terrain en face de l’Assemblée nationale, et qui s’est retrouvée au cœur du tracé ayant servi à l’acheminement des pétitions !) :

«L’eau coule dans nos mains ouvertes

Ces mains qui porteront le Québec d’aujourd’hui à demain

Ici, le présent jaillit puissamment

Ici, le Québec s’affirme

Loyal et fier

Fort d’hier

Courageux pour toujours

Et déterminé à ne jamais mourir.»

Concrètement, ce bal se présentait sous forme d’un espace extérieur dont la base était un «carré» de 10 pieds par 10 pieds (pour la symbolique du carré rouge utilisé par le Collectif pour un Québec sans pauvreté pour marquer sa vigilance et ses revendications).  La structure était celle d’un gazebo recouvert pour l’occasion de tissu en satin rouge, et orné à l’intérieur de guirlandes de lumières blanches sur les murs, et rouges au sol, délimitant la surface du «carré». À l’entrée de cet «espace de bal», un bocal transparent contenait 100 000 gouttes d’eau teintée rouge, reliée à un tuyau de plastique transparent qui serpentait… telle l’aorte d’un cœur géant. Dans ce bocal, trempaient des roses rouges, qui firent le bonheur de plusieurs personnes qui s’étaient accordé une valse.

Il était également prévu d’installer des nervures noires sur les murs de l’installation, suggérant les veines de ce gigantesque cœur collectif battant à l’unisson, de même que les tiges d’un arbre (pour s’accorder avec la thématique feuillue très présente dans l’histoire du Collectif, que l’on retrouve notamment dans son logo à trois feuilles, et qui a servi pour la symbolique de l’acheminent des pétitions). Mais le vent, qui souffla exceptionnellement fort cette journée-là, empêcha l’installation de ces nervures. Par contre, il n’empêcha aucunement les personnes qui le souhaitaient de valser malgré le fait que la structure menaçait de s’envoler à tout moment, ajoutant au geste un élément symbolique de résistance !

La seule condition requise pour les personnes intéressées à s’accorder une valse dans cet espace était d’endosser un accessoire préparé pour l’occasion : gants rouges garnis de brillants ou foulard de satin rouge. Car on n’entre pas au bal sans apparat spécial ! La musique était constituée uniquement de valses québécoises issues de notre patrimoine vivant, de rythme modéré et facile à suivre, accessible pour tout le monde, auxquelles avait été ajouté le son de battements de cœur.

Lors de ce Bal des 100 000 battements de cœur, j’en ai profité pour poser trois questions aux personnes présentes (qui furent avisées que leurs réponses seraient utilisées sur ce blogue) :

Le plaisir est-il un besoin essentiel au même titre que les autres ?

Est-il déplacé de parler de plaisir dans le cadre d’une mobilisation pour la lutte à la pauvreté ?

Les personnes en situation de pauvreté subissent-elles des préjugés quand elles s’accordent du plaisir ?

Les réponses, à ma grande surprise, ont été très affirmatives !

Bien qu’il y ait déjà eu des rassemblements extérieurs de danse participative, soit traditionnelles ou contemporaines, et s’adressant à un large public, ce Bal s’en démarquait du fait qu’il s’est tenu dans le contexte spécifique d’une manifestation politique, et parce qu’il soulevait un questionnement à caractère radical.

Je me suis par la suite rendue compte que ce projet était lié à ma propre recherche sur le plaisir à ce moment de ma vie : jusqu’à quel point ai-je le droit de m’accorder du plaisir à chaque jour ? Puis-je envisager ma vie comme centrée autour de cette notion ? Est-ce contradictoire avec mon désir d’intervention sociale ?

La notion de plaisir est pourtant ce qui guide nombre d’actions pour un changement social. Par exemple, le plaisir de bien manger peut amener à rechercher les produits les plus bénéfiques dans son assiette, et donc à revendiquer une agriculture respectueuse et biologique. Le plaisir de marcher dans la ville peut amener à vouloir un espace de vie le plus sain possible, et donc à revendiquer l’amélioration du transport en commun et l’augmentation du nombre de pistes cyclables. Selon Jorge Goia, que LEVIER a invité à venir présenter des ateliers d’expérimentation anarchiste SOMA à Montréal, les idéologies peuvent être divisées en deux groupes : celles liées à l’idée de plaisir et celles liées à l’idée de sacrifice (comme le christianisme et le marxisme). L’approche anarchiste développée par Goia présente étonnamment la recherche du plaisir comme la chose la plus importante pour un activiste, comme cette boussole intérieure qui guide toute prise de décisions. La notion de sacrifice, quant à elle, amène à sacrifier son propre plaisir avec l’attente que les gens fassent la même chose en retour et apporte beaucoup de frustrations quand cette attente n’est pas satisfaite. Pour l’anarchisme, l’idéologie du plaisir s’oppose à celle du sacrifice du capitalisme.

Je vous invite à regarder quelques images de ce Bal (photos de Luc Bourgeois) et à écouter dans le vidéo ci-joint les réponses fort éloquentes que j’ai recueillies lors de ce Bal des 100 000 battements de cœur.

Pour plus d’informations affichée sur notre site au sujet de cette campagne orchestrée par le Collectif pour un Québec sans pauvreté et pour visionner le vidéo qui fait le compte-rendu de cette journée :

La campagne de signatures du Collectif pour un Québec sans pauvreté est prolongé jusqu’au 31 mars 2009

Vidéo du dépôt de la pétition MISSION COLLECTIVE

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