Faire l’expérience du Brésil - Deuxième partie Réflexions de Norman Matchewan de la communauté algonquine du Lac Barrière

28 juillet 2010

La dernière semaine a été très intéressante, tout particulièrement le fait de parler avec des membres de la communauté autochtone de la tribu Tembé que j’ai rencontrés une seconde fois à l’écart de l’agitation du Congrès IDEA. Ce fut un grand honneur de parler si directement avec le Chef Tembé – j’ai pu entendre le récit de première main des difficultés de sa communauté comme par exemple le mauvais état de santé de plusieurs membres de la communauté ; les gens meurent de la malaria et ne reçoivent pas suffisamment de soins médicaux. Pendant cette seconde rencontre – qui a duré à peu près une heure (en présence de d’autres membres de la communauté Tembé, en plus de Moe clark, Émilie Monnet, Martha Steigman et Devora Neumark) -– le Chef a parlé de l’importance du lien avec le territoire ; c’est la façon que son peuple a survécu. J’ai partagé avec lui de quelle manière nos coutumes communautaires sont aussi liées au territoire et j’ai parlé de la manière dont les gouvernements canadien et québécois tentent depuis des années de briser ce lien.

J’ai senti que je pouvais m’identifier à la criminalisation des protestataires Tembé : on dirait que la protestation pacifique ne reçoit aucune espèce d’attention, alors que les protestations violentes reçoivent au moins une réponse. Cette image de « l’Indien violent » est très utile au gouvernement. J’ai parlé de la manière dont les personnes sont criminalisées chez moi pour des barricades pacifiques élevées pour protester au sujet du non-respect des gouvernements envers l’accord trilatéral signé en 1991. Aussitôt que je mettrai la main sur les photos que nous avons prises de cette soirée, je vais les mettre sur le blogue et m’assurer que ces images sont aussi envoyées aux Tembé tel que nous en avons convenu.

Devora s’est informée au sujet du soutien apporté par les Allochtones. On nous a dit qu’il n’y a pas beaucoup de soutien de la part des non-Autochtones ; ceci m’a amené à expliquer que la communauté du Lac Barrière a développé des liens de solidarité avec des individus qui ne sont pas autochtones et avec des grands syndicats comme le STTP (Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes) – qui en fait est très important et efficace.

J’ai été offusqué d’apprendre que l’un des organisateurs du Congrès a dit que les Autochtones n’avait pas été invités à parler parce que ce qu’ils ont à dire n’est pas de niveau universitaire. D’après ce que j’ai vu au Congrès IDEA, les tribus autochtones étaient là pour danser et chanter ; on ne leur a pas accordé le temps et l’espace pour parler des enjeux pressants qui affectent leur communauté et pour rechercher des solutions à leurs problèmes comme elles le souhaitaient. L’une des personnes de la nation Tembé a dit que les participants au Congrès étaient suffisamment satisfaits de les regarder danser et chanter, mais non-intéressés à entendre parler de leurs luttes. Il a dit que les seules personnes à avoir tiré profit du Congrès sont les hôtels et les restaurants. En général, les Tembé ont senti qu’il y avait eu peu de conséquences positives pour eux dans leur participation à l’événement IDEA 2010.

Avant de partir, le Chef a dit qu’il avait un cadeau pour moi à rapporter dans ma communauté. Le cadeau était un tatouage (fait d’une substance semblable à de l’encre provenant d’une plante locale) – un symbole de leadership, le symbole de chef dans sa communauté. J’ai accepté ce don au nom de ma communauté et des chefs coutumiers. Émilie, Moe, Martha et Devora ont aussi reçu des tatouages spécifiques à chacune choisis par l’épouse du Chef.

L’atelier, coanimé par Moe, Émilie, Martha, Devora et moi-même, était intitulé L’éthique de la collaboration : avec, pour et à propos – Créer des projets artistiques avec des peuples autochtones. Même s’il n’y avait pas beaucoup de participants – étant donné un horaire incroyablement surchargé et la confusion à propos du programme – nous avons eu une longue discussion productive à propos de la manière dont l’art peu contribuer à l’histoire d’une communauté et aux luttes auxquelles nous faisons face aujourd’hui. Nous avons parlé de la manière dont les jeunes pourraient être éduqués à l’aide de l’art. Parmi les défis et les risques associés à un projet artistique collaboratif dont nous avons parlés, il y avait les éléments suivants : 1) qu’est-ce qui reste effectivement dans la communauté une fois que le projet est terminé – étant donné que, très souvent, les compétences et le matériel créés sont amenés hors de la communauté ; 2) la possibilité de représentations erronées de la communauté qui peuvent mener au renforcement de stéréotypes négatifs ; 3) l’énergie et les ressources investies dans une collaboration créatrice qui ne sont plus disponibles pour des actions politiques plus directes.

En même temps, il y a aussi des bénéfices associés avec les collaborations créatrices ; parmi les conséquences positives qui ont été mises en évidence pendant l’atelier, il y avait : 1) l’inspiration et la motivation de préserver notre culture, notre langage et notre identité ; 2) à l’aide de l’art, les communautés autochtones peuvent développer différentes stratégies politiques et des actions directes non-violentes qui peuvent possiblement rejoindre un plus large auditoire et recevoir beaucoup d’attention. Pendant l’atelier, le court film de Martha intitulé Honour Your Word a été visionné. Alors que je considère que le documentaire de Martha est à propos de la communauté et qu’il n’a pas été fait avec la communauté, les jeunes ont été très inspirés à continuer la lutte après l’avoir vu. Honour Your Word a été projeté partout à travers l’Île de la Tortue. En fait, le jour de l’atelier, un agent électoral fédéral a été envoyé dans la communauté pour donner suite à l’ordre signé par le ministère des Affaires indiennes (le ministre Chuck Strahl) visant à faire appliquer l’article 74 de la Loi sur les Indiens qui supprimerait notre code de gouvernance coutumier.

Il était aussi prévu que Moe, Émilie et moi allions performer dans le cadre de la programmation du Festival de théâtre. Malheureusement, Émilie est tombée malade et c’est donc uniquement Moe et moi qui avons présenté. Moe a chanté quelques chansons sur lesquelles Émilie et elle avaient travaillé dans le cadre de leur projet Bird Messenger et j’ai fait une présentation au sujet des luttes de la communauté du Lac Barrière qui tente de sauver la forme traditionnelle de gouvernance. Un court extrait du film de Martha a aussi été projeté.

Une expérience particulièrement agréable que j’ai vécue ici au Brésil a été de nager dans l’océan Atlantique – c’était la première fois que je goûtais l’eau salée de l’océan ! Le voyage vers Marudá et l’Île Algodoal nous a pris plus de six heures à partir de notre hôtel du centre ville de Belém. J’ai aussi eu la chance de faire un tour de bateau sur le fleuve Amazone et de visiter une petite communauté autochtone qui vit au creux de la forêt amazonienne sur une île nommée Mari Mari. La communauté était très accueillante. Ils nous ont nourris avec du tapioca et d’autres mets locaux délicieux. Les hommes de la communauté nous ont amenés marcher en forêt. Ils nous ont montré des plantes étonnantes et la nourriture qu’ils cultivent là. Ils nous ont aussi parlé de la manière dont ils préparent la nourriture.

À la fin de la journée, avant de remonter dans le petit youyou, quelques enfants d’un village voisin et plusieurs adultes de Mari Mari ont fait une performance montrant le rôle important joué par les animaux dans la préservation des arbres de la forêt. J’ai trouvé que les enfants n’étaient pas intimidés et qu’ils étaient prêts à se produire devant nous tous étrangers. Les voir ainsi sur une scène extérieure installée pour leur performance et voir à quel point ils avaient du plaisir – même la foule souriait – a été si touchant et inspirant. Cette performance a confirmé pour moi le fait que ma communauté aimerait certainement faire quelque chose de semblable, surtout avec les enfants : une pièce de théâtre ou des contes à propos de notre propre histoire.

Je veux faire plusieurs remerciements à LEVIER pour cette occasion d’aller à Bélem. C’était une expérience extraordinaire. Merci aussi à Moe, Émilie, Martha et à Devora pour toute leur aide avec le passeport et la traduction, etc.