Combien d’esclaves ai-je ? par Leah Gabrielle Silverberg

18 août 2010

Le texte suivant est un résumé de toutes les réflexions et sentiments avec lesquels je suis restée suite à l’événement de trois jours, Combien d’esclaves avez-vous ? Art et les économies d’exploitation, passées et présentes.

L’ensemble de ce week-end a été un fouillis de découvertes et de nouveaux apprentissages pour moi. J’ai vu, entendu et expérimenté tant de choses en seulement trois jours au mois de mars que j’ai cru par moments que j’allais exploser. Faire partie d’un événement où il y avait autant de réflexions, observations et compassion était très puissant. J’ai quitté ce week-end avec un sentiment d’optimisme et d’espoir, malgré le fait que nous venions de passer trois jours à explorer des problématiques vraiment difficiles.

J’ai franchi les portes du MAI le dimanche, en fin d’après-midi, avec encore plus de questionnements que quand j’y suis entrée la première fois. Une des questions centrales en moi était «Combien d’esclaves ai-je ?». Quelle est ma place dans ce système oppressif ? Et puis, comment puis-je continuer à avancer sachant que je perpétue un cycle que je n’aime pas, ou avec lequel je ne suis pas en accord, alors que je désire en même temps vivre ma vie, heureuse et épanouie, tout en y amenant un changement interne et externe. Il s’agit de questions avec lesquelles je me heurte et auxquelles je n’ai définitivement pas terminé de répondre complètement. Même si je pense que ces questions ne seront jamais vraiment résolues, faire partie de cet événement m’a définitivement poussée dans une certaine direction et m’a aidée à réaffirmer certaines choses.

Il y a longtemps que j’ai décidé que la culpabilité était une émotion inutile. J’ai passé un certain temps à me sentir coupable et j’ai réalisé que cela ne m’amenait nulle part. Bien sûr, parfois c’est une force qui m’a poussée à agir, mais la plupart du temps j’ai stagné dans la culpabilité jusqu’à m’en rendre malade. J’ai pris un certain temps pour arriver à cette réflexion. J’ai eu une bonne étoile et je suis extrêmement chanceuse dans la vie. Rares sont les personnes aussi chanceuses que moi, mais ce n’est pas une raison pour me sentir coupable face aux privilèges avec lesquels je suis venue au monde. Je dois travailler à comprendre et à décortiquer ces privilèges pour comprendre les structures sociales qui ont crée ces conditions de vie pour moi. Je veux également travailler à déranger le statu quo. Surtout, je dois constamment reconnaître et maintenir ceci frais à ma mémoire afin de ne jamais les oublier.

Bien que je ne sache pas concrètement ou techniquement combien d’esclaves je possède, je peux dire que je suis susceptible à en avoir beaucoup si je prends en considération mon mode de vie. Que je le veuille ou non, j’appartiens à ce système capitaliste et je le perpétue. Même si je change radicalement certaines choses dans ma vie afin de contourner cette réalité, cela ne serait pas suffisant. Je dois apprendre à être heureuse et satisfaite avec ce que je fais : les changements que j’apporte en moi; la façon dont je construis mes relations avec les gens (le plus intentionnelles et significatives possibles); les changements extérieurs que je fais tels qu’éduquer les jeunes quant aux valeurs positives; l’enseignement que j’offre à la jeunesse juive afin qu’elle soit socialement et politiquement critique et qu’elle demeure consciente de son histoire, sa culture et les conflits actuels en Israël. En même temps, je dois constamment m’efforcer plus, me poser des questions difficiles et essayer d’y répondre, m’éduquer et trouver des manières d’amener des changements là où il se doit.

Sincèrement, Combien d’esclaves avez-vous ? a revigoré ma foi en l’humain. Me retrouver entourée de tellement d’énergie positive, créativité et questionnements m’a amenée à voir qu’il y a des gens qui travaillent en vue d’un changement et que je peux trouver des alliés dans ma lutte.